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Critique théâtrale : "Roberto Zucco" de Bernard-Marie Koltès

   La dernière pièce de théâtre du français Bernard-Marie Koltès (1948-1989), auteur de Combat de nègre et de chiens entre autre, narre le "road-movie" d'un jeune homme, assassin de son père et de sa mère. Cet homme, c'est Roberto Zucco.
  
   Inspiré du célèbre meurtrier italien Roberto Succo de sinistre réputation, Koltès n'a recherché que l'aspect mythique de cet homme pour en faire une légende, se souciant peu de la véritable histoire.
Conscient de sa mort prochaine (car atteint du SIDA), Koltès retranscrit ses inquiétudes face à la mort avec le personnage de Zucco. Qui est-on vraiment à la veille de la toute fin ?
Ce "colosse aux pieds d'argile", calme, trop calme, devient un monstre. Parricides, meurtre de policier et d'enfant, relation sexuelle avec une gamine... Pourquoi ? La société ? Koltès ne nous donne pas les raisons, plus préoccupé par ce héros "comme Samson ou Goliath". Oui, mais cette machine à tuer, cet anti-héros, nous émeut ! On aime ce meurtrier ! Parce que finalement, cet homme si sage, se pourrait être nous ! Zucco représente l'être alpha. Il concrétise, lui, les pulsions les plus primitives qui se cachent en nous.
Créé en 1990, à Berlin, la pièce provoqua un véritable scandale par sa violence crue et le souvenir ravivé de Roberto Succo.

   D'une écriture toujours vraie et juste, économisant les mots pour aller à l'essentiel, cette pièce ne laisse pas indifférent. Teintée de noir, de violence, et d'univers nocturne, on y réfléchit, mais finalement, on en arrive à la conclusion qu'il n'y a pas de morale. Koltès ne veut pas donner de leçon, il veut juste "montrer".
Au lecteur de juger !
L'auteur signe ici un chef-d'oeuvre du théâtre contemporain où
chaque mot a sa place. A lire !