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Critique spectacle de Théâtre "Roberto Zucco"' - Christophe Perton

"ROBERTO ZUCCO"
Théâtre des Treize Vents
Avec:
Olivier Werner (Roberto Zucco)
Agathe le Bourdonnec (la gamine)
Christophe Perton (mise en scène)
Christian Fenouillant et Christophe Perton (scénographie)
Bernard Marie Koltès (auteur)

L'oeuvre litteraire "Roberto Zucco" est une pièce de théâtre écrite par Bernard-Marie Koltès , un auteur contemporain. L’écrivain s’est fortement inspiré d’un fait divers criminel pour écrire son œuvre (l’histoire d’un meurtrier en cavale), ce qui est assez atypique. Koltés dépeint Zucco comme un personnage fou avec de légers problèmes mentaux et qui est Hors des Normes de la société. « Roberto Zucco » est sa dernière pièce et il l’a écrite en 1988 en étant conscient de sa proche mort (il est décédé en 1989 du SIDA).
Dans « Roberto Zucco » la récurrence de la mort est fortement accentuée d’une part par les meurtres mais aussi par la mort sous entendue de la société dans laquelle nous vivons. Cela se symbolise par la dégradation de la femme (dans la pièce elles sont soit tuées soit prostituées) et par le non sens de Zucco dans les relations humaines.

Le 26 Novembre 2009, Je suis allée voir la representation de "Roberto Zucco" au Théâtre des Treize Vents. L'argument s'articulait sur la parcours d'un meurtrier évadé d'une prison qui sévissait dans le Petit Chicago. Chaque personnage que ce meurtrier rencontrait était comme marqué physiquement ou psychologiquement par son inchoérence constante. Tout au long du spectacle, la mort (physique ou spirituelle) est une constante est sévit dans la société.

Les choix scénographiques de Christophe Perton et Christian Fenouillat s'orientaient principalement vers la transposition. Cette transposition consistait dans le fait que les assises du public semblaient se prolonger sur la scène. C'est pour cela que les comédiens et le public devenaient eux même décor (on revient à la racine du théâtre, « le théâtre ne peut être si le public n’est pas »). On peut aussi l’interpréter comme si les spectateurs devenaient acteurs et témoins de ce qui se passaient sur la scène (comédien < = > public). Ainsi, comme Shakespeare l’a dit « Le monde est un théâtre » (chaque acte de la vie est théâtralisé). La théâtralisation du monde s’intensifie par la présence du castelet. Cet élément du décor assimile les acteurs à des marionnettes / les personnages sont donc sous l’influence de manipulations extérieurs. Cet élément et sa signification revient aux valeurs de l'existiensalisme. On remarque également les fortes mises en abimes qui se multiplient tout au long de la pièce.

Au commencement du spectacle, il était projeté au centre de la scène un extrait du film « America America » d’Elia Kazan. L’extrait diffusé était l’illustration de fin de la pièce. Le fait que l’extrait ait été montré au début de la pièce implique une notion de destin et de fatalité (d’autant plus que tous les acteurs le regardaient).  On peut cependant ne pas comprendre la diffusion de cet extrait étant donné que  la  fin était encore inconnue au public et que le rapporchement ne me semblait pas pour ma part évident.
La mise en scène proposée par Christian Fenouillat et Christophe Perton était relativement vivante et dynamique car les acteurs se changeait sous nos yeux, cela impliquait la présence de penderies etc… Les coulisses étaient ainsi sur le plateau, cela pouvait impliquer une autre mise en abime et répondait totalement à l’esprit de non-conformité théâtrale de Bernard-Marie Koltés.
J’ai beaucoup apprécié la délimitation circulaire de la scène ou « jouaient » les acteurs. Cette forme imageait « l’arène » ou « une piste de cirque » c'est à dire:  là ou on montre quelqu’un en spectacle // à Zucco. Enfin on peut remarquer la forte présence de la couleur rouge qui symbolise l’amour, le sang mais aussi l’univers du spectacle (abondance de rouge à l’opéra, rideau de velours rouge, etc) (univers intensifié par la présence du micro). Ainsi le fait divers devient spectacle (aspect qui  est réalité dans notre société actuelle).

Les costumes étaient à l’image du décor et étaient donc contemporains. Chaque vêtement reflétait non pas la personnalité du personnage mais comment il était perçu dans la société dans laquelle il vivait. Cette notion de "être et paraitre" me semble être très poètique et en total adéquation avec l'oeuvre originelle.

La lumière était un des éléments du spectacle qui variait le plus. Selon les scènes ou les ressentis des personnages elle était plus ou moins claire. On peut tout de même remarquer l’ambiance générale qu’elle imageait ; elle transcrivait une atmosphère de spectacle (notamment lorsque une des prostituées apprenait la présence de Zucco parmi elles (projecteurs rond/cylindré) ).
Les lumières étaient tamisées comme des parsemés lumineux ; c’est comme si on pouvait voir se détacher des grains de lumière dans l’espace. J’ai particulièrement apprécié ce traitement de la lumière car il donnait une véritable âme à la pièce.

L’utilisation du son dans le spectacle était relativement diversifiée. Les chansons « de fond » (Alain Bashung) m’ont semblé être des troubles à la poésie du texte de Koltés et quelque peu inutiles. Cependant les percussions (Zucco au Soleil) apportaient elles une musicalité plus symbolique dans la gestuelle des comédiens.

 

L’idée principale qui se dégageait de l’interprêtation de Christophe Perton était la multi-identité. Chaque acteur jouait plusieurs personnages, on peut ainsi comprendre que personne ne possèdait réellement d’identité (comme Zucco). Les acteurs étaient très nombreux (18) et étaient toujours présents sur la scène.  Les comédiens ont su donner à la pièce un naturel et une spontanéité dans leurs jeu d’acteurs qui ne faisait que sublimer le texte et le rendait encore plus poétique. Cette sincérité de jeu d’acteur se contredisait avec l’hypocrisie de la société qu’ils habitaient à la perfection. On peut tout de même reprocher un Zucco qui manquait de monstruosité dans son attitude. En effet bien qu’Olivier Werner nous dévoile des performances étonnantes (Scène « Zucco au Soleil) on a du mal à ressentir la terreur que provoque le nom de Zucco dans la ville. Néanmoins, on nous explicitait bien la complexité du personnage par son étrangeté et par son statut de héro malgré ses meurtres.

A la même façon que Bernard Marie Koltès, Ch Perton a mis en scène un Roberto Zucco qui s’apparente à un héro : à un mythe. Ce concept me semble être primordial, il traduit une moralité de plus en plus subjective; fait qui existe toujours aujourd’hui.